Depuis seize ans, Médecins Sans Vacances soutient le centre neuro-psychiatrique de Kamenge (Burundi), centre de référence pour le pays entier en matière de soins de santé mentale. “Nous sommes très reconnaissants pour les formations offertes par ce biais à notre personnel car il s’agit en fait de cours de formation qui ne sont pas offerts et/ou approfondis par les universités locales”, témoigne Jean-Jacques Narambe, responsable du contrôle de qualité et de la formation du personnel, au sein de ce centre.

Le centre de reférence du pays

Le centre neuro-psychiatrique de Kamenge (CNPK), situé dans le quartier nord de la capitale du Burundi, est l’hôpital national de reférence en matière des soins de santé mentale du pays. Fondé en 1979 par les Frères de la Charité de Belgique , ce centre est longtemps resté le seul du pays pouvant accueillir des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Entre-temps, des départements ont été créés dans les provinces de Gitega et de Ngozi en 2010 et 2014, mais avec ses 154 lits, le CNPK continue à faire face à un énorme défi pour prendre en charge les patients psychiatriques et neurologiques de tout le pays (dont la population est à peu près la même que celle de la Belgique).

Pas de priorité

Jean-Jacques Narambe, depuis 8 ans responsable du contrôle de la qualité des services, des statistiques, de la sensibilisation à la santé mentale et de la formation du personnel, déclare: ” Être atteint d’une maladie mentale reste un tabou au Burundi. Les plans nationaux pour les soins de santé contiennent à peine quelques lignes au sujet des soins de la santé mentale, qui n’est pas considérée prioritaire car le taux de mortalité n’est pas élevé. Un exemple trivial de cette vision est qu’aucun budget n’est prévu pour la sensibilisation à la journée des soins mentaux.”

Formation défaillante

Médecins Sans Vacances s’investit surtout dans le renforcement des capacités du personnel ainsi que dans l’appui en matériel et équipement, sans oublier le renforcement des capacités organisationnelles. “Ce soutient nous tient très à cœur car les universités burundaises n’offrent pas de cours approfondis sur les soins de la santé mentale. Ainsi, nous manquons continuellement de personnel qualifié pour une prise en charge correcte de nos patients. La majorité de nos médecins et infirmières sont des généralistes. Grâce à l’intervention de Médecins Sans Vacances, ils reçoivent une formation régulière. Nous étudions actuellement la manière de certifier ces formations afin que nos soignants puissent obtenir un certificat attestant leurs connaissances acquises.

Stabilisation au service des urgences

Jean-Jacques explique la façon dont le centre développe les trajets en collaboration avec Médecins Sans Vacances, comment il définit ses propres besoins et établit les priorités. Ainsi, par exemple, ils ont collaboré ces dernières années à l’amélioration du service de neurologie, à une meilleure prise en charge des patients souffrant d’une addiction et à l’amélioration des soins de psychiatrie infantile.

Mais le plus impressionnant est le service des urgences psychiatriques, opérationnel depuis 2019. “Là où chaos et désordre régnaient auparavant, les patients sont triés maintenant et les patients critiques sont séparés des autres et restent sous surveillance pendant 48 h. Pour la plupart d’entre eux, la situation se stabilise entretemps et ils peuvent retourner chez eux. Pour ceux qui doivent être hospitalisés, le séjour à l’hôpital est souvent moins long. Ceci constitue une amélioration spectaculaire de nos soins.”

La mentalité change

La plupart des patients se présentent spontanément, souvent accompagnés de leur famille. ” Des hommes en majorité, car pour une femme le tabou d’une maladie mentale reste grand. Cela les empêche souvent de pouvoir se marier. La famille fait donc tout pour dissimuler le problème. Souvent ils sont déjà passées par des maisons de prière et des herboristes. Lorsqu’ils arrivent enfin chez nous, ils se trouvent souvent dans un stade très avancé.

Il reste beaucoup à faire en ce qui concerne la sensibilisation, tant auprès des citoyens qu’auprès des autorités. Là aussi nous recevons le soutien de Médecins Sans Vacances. Il y a en ce moment des projets d’intégrations des services de santé mentale dans les soins de santé primaires où des cours de formation dans la communauté et dans les structures sanitaires sont dispensés pour apprendre aux professionnels de la santé à réaliser un meilleur suivi des patients après l’admission. Nous essayons de mieux intégrer les soins de santé mentale dans les soins de santé généraux. Le chemin est encore long mais petit à petit, les esprits mûrissent et la mentalité change.

Texte: Ann Palmers

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