Écoutez ici le podcast de cette histoire de 40 ans de passion et d’engagement :

Artsen Zonder Vakantie – Médecins Sans Vacances · PODCAST_DR Dolores_FR

Au Congo, une chirurgienne spécialiste des fistules guérit chaque année des centaines de femmes

Le docteur Dolores Nembunzu de la RD du Congo a eu, via Médecins Sans Vacances,un premier contact avec le traitement chirurgical des fistules. « Je pensais bien que j’avais du talent, mais Médecins Sans Vacances m’a donné la possibilité de le développer. », témoigne la sympathique gynécologue.

Accouchements difficiles

Elle-même mère de trois filles, elle consacre sa vie à lutter contre les fistules vésico-vaginales dont souffrent des femmes congolaises et à la formation des sages-femmes à cette problématique. Une fistule vésico-vaginale est une communication anormale qui se crée entre la vessie et le vagin parfois entre le rectum et le vagin ou les deux,. Cela entraine une perte permanente des urines et ou des selles par le vagin. 92 % des Une fistule se créent, lors d’un accouchement difficile, après une chirurgie gynécologique 5%  ou lors d’un viol.

Le Dr. Dolores doit son nom à la doctoresse espagnole qui a assisté sa maman pendant son difficile accouchement. Comme si le sort s’en mêlait, elle s’implique passionnément depuis des années à aider des femmes qui gardent une fistule vésico-vaginale notamment à la suite d’un accouchement difficile.

« Je le fais pour le sourire que je vois apparaitre sur le visage des femmes une fois que la fistule est guérie et ce, après dix à vingt ans d’humiliation. Durant la fistule ce femmes perdent les urines du matin au soir, ce qui entraîne leur l’exclusion de la communauté. Même après la guérison, leur réintégration est problématique.”.

Attention mondiale

Le développement d’une fistule vésico-vaginale chez des femmes qui viennent d’accoucher est un grand problème en R.D. Congo. Le Docteur Dolores explique que d’après les estimations, 42 000 femmes en souffrent. La problématique de la fistule a attiré l’attention à l’échelle mondiale, depuis 2003 et surtout en 2018, quand le Docteur Mukwege, qui opère a  l’est de la R.D Congo, a reçu le Prix Nobel de la Paix. L’année dernière, Dolores elle-même a été mise à l’honneur en recevant le prix du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) pour son travail,

La mort en fait partie

Elle travaille depuis 29 ans à l’hôpital Saint-Joseph dans l’ouest du pays, au départ comme responsable de la maternité, pour le moment comme directrice. « Il est très difficile de résoudre le problème. A côté de la pauvreté, des mariages précoces et de la position inférieure de la femme, c’est surtout la mentalité autour de l’accouchement qui pose un problème. En milieu rural, d’où viennent la plupart des femmes, Aussi bien les femmes que les prestataires de la santé qui les entourent, subissent les mêmes influences socio culturelles par exemple que le premier accouchement doit avoir lieu à la maison, sans aucune aide médicale, pour montrer que qu’elle est « une vraie femme. » Si l’accouchement dure trop longtemps, et qu’en fait une césarienne est nécessaire, elles doivent faire des kilomètres pour arriver à un hôpital. La plupart des femmes meurent en chemin ou donnent naissance à un enfant mort-né. Le problème est que les gens trouvent cela normal, cela fait partie, pour ainsi dire, du phénomène naturel de l’accouchement. Dans les villages, vous voyez souvent des femmes prendre en charge cinq ou six enfants dont seulement deux sont leurs enfants propres. Les autres sont des enfants d’autres femmes de la famille mortes en couches : une sœur, une belle-sœur… Le Docteur Dolorès soupire. “Cet aspect rend les choses très difficiles”.

Se réveiller paisiblement

Mais le soupir disparait rapidement quand elle pense à toutes les femmes qu’elle a déjà pu aider. « Je suis si reconnaissante pour ce que Médecins Sans Vacances m’a donné. Je pensais bien que j’avais du talent, mais Médecins Sans Vacances m’a donné la possibilité de me perfectionner dans ce domaine ». En 2003, elle entre pour la première fois en contact avec Emile Debacker, urologue belge, qui au cours d’une mission opère plusieurs fistules.  « Je n’oublierai jamais la réaction d’une des femmes qui a dit : ‘Docteur, pour la première fois en dix ans, je me suis réveillée paisiblement sans me demander si mon lit était humide ou pas.». Le Docteur Debacker lui montre aussi au cours de ses opérations pour la première fois l’intérieur de la vessie d’une femme avec des fistules. “Je regardais avec les yeux écarquillés. Je n’aurais jamais pu imaginer cela.”

Bon travail

Au cours d’une deuxième mission, elle reçoit le soutien du professeur liégeois Jean de Leval .“J’étais en train d’opérer. Il a quitté la pièce et j’ai continué l’intervention. A la fin, il a dit : ‘Je me demande si nous devons encore continuer à venir ici. Vous avez très bien fait cela.’ J’étais impressionnée. D’abord, parce que je n’avais pas réalisé qu’il s’était placé derrière moi pour suivre l’opération mais aussi parce qu’un éminent chirurgien m’avait dit cela. Alors j’ai remercié Dieu. Si par après, je doutais de la qualité de mon travail, je me raccrochais à cela. Le Professeur a dit que c’était bien », sourit-elle avec bienveillance.

Souhaits pour l’avenir

Entretemps, le Docteur Dolores est devenue une référence dans le pays et à l’étranger en ce qui concerne la problématique des fistules. « J’espère qu’ensemble avec Médecins Sans Vacances nous pourrons encore aider de nombreuses femmes pour le bon déroulement de leur accouchement. C’est une réalité quotidienne. Moi aussi j’aurais pu être victime mort-née parce que ma mère a eu un d’un accouchement difficile.  En donnant de bons soins, nous pouvons aider beaucoup de femme et de nouveau-nés. Nous voulons soigner le plus grand nombre possible de femmes qui souffrent d’une fistule vésico-vaginale et à côté de cela, aider les soignants à la maternité à faire leur travail aussi bien que possible dans les normes. Ce sont mes souhaits pour l’avenir. » et c’est ce que nous avons fait au premier trimestre de 2021 pour former les prestataires des hôpitaux – partenaires de MSV a Gombe- Matadi et a Popokabaka , sur les urgences obstétricales » .

Texte: Ann Palmers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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