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Veerle Grommen, conseillère RH : «Je remarque à quel point le contexte local est important et qu’il faut toujours partir de là.»

« J’aimais travailler chez Siemens, mais j’avais envie d’un sens profond dans mon travail. Le monde des ONG m’attirait depuis longtemps, j’ai donc parfois regardé les postes vacants. Aussi, le confinement a titillé mon envie de retour en Belgique. Lorsque j’ai soudainement vu que Médecins Sans Vacances recherchait un conseiller RH, j’ai tout de suite su que ce poste était fait pour moi. Car saviez-vous que j’hésitais à suivre en son temps une formation médicale ? Finalement, j’ai étudié les langues et les cultures africaines, après quoi j’ai commencé à travailler en tant qu’employée RH à l’étranger. Voir toutes mes passions dans une seule fonction était quelque chose que je pensais à peine possible, alors j’ai décidé de postuler depuis Lisbonne. Un choix qui a beaucoup changé ma vie, mais qui s’est fait très consciemment… Quand j’ai appris que j’avais le poste, j’ai déménagé en Belgique avec mes enfants en septembre.

Sens et défis

« Qu’est-ce qui m’attire dans le fait de travailler pour Médecins sans vacances ? L’aspect humain et pouvoir m’engager dans une ONG avec des idéaux où vous pouvez faire une réelle différence au sein de votre propre fonction. Ce sentiment a été renforcé par mon récent visite dans les hôpitaux et notre bureau au Burundi. J’ai travaillé exactement une journée au bureau de Malines, puis je suis immédiatement parti pour notre bureau de Bujumbura, avec quelques collègues. Cela compte sérieusement comme un début. De plus, j’ai fêté mes 40 ans lors de ce séjour, le même âge que Médecins Sans Vacances. Tout s’est réuni.

« Au Burundi, j’ai vu qu’il y avait encore de nombreux défis devant nous, mais aussi qu’il y avait déjà de belles réalisations dans les hôpitaux grâce à la collaboration avec Médecins Sans Vacances. Un bloc opératoire désormais entièrement équipé, des circuits du patients et des dossiers prêts et qui profitent au fonctionnement des hôpitaux, des mesures d’hygiène et des protocoles clairs de stérilisation, etc. Affaires normales pour nous en Belgique, mais belles réalisations dans le contexte là-bas. Car imaginez que vous receviez moins de formation médicale et que vous deviez également exercer votre fonction avec un réseau électrique instable ? On ne peut pas imaginer une telle chose ici en Belgique. Certainement pas si vous devez travailler dans une salle d’opération tous les jours.

« La beauté du travail de Médecins Sans Vacances, c’est la formation du personnel, qui à son tour en forme d’autres. A Bujumbura, j’ai eu l’occasion de visiter l’hôpital d’Ijenda, le personnel d’autres hôpitaux y reçoit une formation pour transmettre ce savoir. C’est très puissant !”

Contexte local

« Même dans mon propre travail, je remarque à quel point le contexte est important et qu’il faut toujours partir de là. L’objectif est de tisser notre politique RH avec un fil conducteur pour toutes les antennes de Médecins Sans Vacances. Mais les différences sont grandes entre les procédures et les habitudes en Belgique, en République Démocratique du Congo, au Bénin, au Burundi, … Un défi passionnant auquel je participe avec beaucoup d’enthousiasme.

 

Texte: Veerle Symoens

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Rosine Niyonizigiye, infirmière du bloc opératoire : “Grâce à ce que j’ai appris avec Médecins Sans Vacances, aujourd’hui, j’ai la joie !”

« Avant la crise de 2015, je travaillais déjà comme infirmière à l’hôpital de Muyinga. C’est comme cela que j’ai collaboré avec les médecins belges de Médecins Sans Vacances qui venaient au Burundi ».

Experts belges et locaux

Pour rappel en 2015, le Burundi a traversé une grave crise politique émaillée de violences qui ont fait des milliers de victimes dont des centaines de cas de disparitions forcées et de torture. La crise a également poussé à l’exil plus de 40 000 burundais.

« Après la crise, nous avons changé de système. Il a été demandé aux chirurgiens de Bujumbura de venir à l’hôpital de Muyinga pour nous aider à pratiquer de la chirurgie de district parce qu’à cette époque il y avait très peu de chirurgien dans la Province. Les médecins de Belgique sont venus nous former pour le bloc opératoire. Ils nous ont appris tout le circuit du patient par exemple comment accueillir le patient dans de bonnes conditions ».

Nouveau bloc opératoire et projet européen

« Auparavant, nous avions un bloc opératoire qui n’était pas moderne, vraiment simple. Malheureusement l’hôpital n’était pas suffisamment équipé et ils nous manquaient des compétences. On ne savait pas toujours répondre aux besoins pour sauver la vie de patient-e-s, de soulager leur douleur, d’empêcher l’apparition de complications sérieuses ou encore de stabiliser leur état. Alors l’hôpital de Muyinga a plaidé auprès de Médecins Sans Vacances pour nous aider avec le bloc opératoire. Vous nous avez fait un honneur en nous installant un nouveau bloc opératoire. Nous en sommes tellement reconnaissant ! ».

Médecins Sans Vacances possède une longue expérience dans l’implémentation de chirurgie de district et propose une approche qui a déjà fait ses preuves, notamment à l’hôpital de Muyinga. Le personnel est formé au nombre de 3 dont d’un-e médecin généraliste, d’un-e technicien-ne anesthésiste et d’un-e infirmier-e du bloc opératoire. Les formations en chirurgie de district s’inscrivent dans l’objectif du résultat un du programme Twiteho Amagara à savoir, donner à la population un accès à un système de santé avec une qualité des services améliorée. Une synergie a été créée entre le programme Twiteho Amagara, financé par l’Union européenne et le programme PAORC de la coopération bilatérale belge afin de fournir les compétences chirurgicales.

Transmettre des connaissances

« J’ai commencé mon travail d’infirmière au bloc opératoire puis dans d’autres autres services de l’hôpital comme infirmière. Après avoir travaillé aux urgences pendant 6 ans, j’avais très envie de retourner au bloc opératoire car je commençais à oublier les gestes ».

« Les médecins disaient que ça n’allait pas au bloc opératoire sans Rosine ! ». En effet, Rosine a le cœur et l’attention d’accueillir les patients qui sont souvent état de stress. Elle les réconforte et les accompagne à chaque étape.

« Ensuite, j’ai été sélectionné par les autorités pour mon dynamisme et la façon dont je gérais mon travail au bloc opératoire, aussi comment j’accueille les patients ». Cela fait maintenant 12 ans que Rosine est au service du bloc opératoire. Depuis l’implémentation du nouveau bloc opératoire et des formations, la qualité des soins a beaucoup évolué. Notamment dû aux nouveaux matériels comme le matériel de stérilisation, les instruments de chirurgie, le matériel d’anesthésie ou encore la lampe scialytique.

« Grâce à Médecins Sans Vacances, le circuit du patient est devenu vraiment une très bonne chose. Le staff et le patient rentrent au bloc par des entrées différentes. Il y a un circuit précis et des règles à suivre. Ce qui me permet de bien recevoir le patient. Avant c’était le personnel de surface qui les accueillaient ! ». Le rôle de l’infirmière de bloc est très complet car elle accompagne le patient dès son arrivée jusqu’à son chevet tout en assistant la transmission des instruments et la chirurgie. Ce rôle clé d’accompagnement et d’assistance permet d’une part de rassurer le patient et d’autre part, d’assurer des soins de qualité. L’impact est positif car la satisfaction du patient se ressent.

« Il y a des patients un peu angoissés qui me disent : ‘c’est bon, je veux que tu restes tout près de moi’ et moi je dis : ‘mais oui, je reste’. C’est le plus beau cadeau pour une infirmière quand un patient vous dit cela ! Ce sont des bénédictions ! ».

Elle constate aussi un changement de qualité des soins en termes de stérilisation grâce à un nouvel autoclave. « Avant, nous n’étions pas certains que tout était bien stérilisé. Il y avait des infections post-opératoires à cause de cela. Aujourd’hui, on peut dire merci à Médecins Sans Vacances, car nous n’avons plus de problèmes d’hygiène et de désinfection ».

Rosine est une infirmière de bloc qui est passionnée : « Mon souhait comme d’autres infirmières de Muyinga, c’est de voir comment cela se passe dans d’autres hôpitaux et d’améliorer mes connaissances par le biais d’une formation à l’extérieur du pays. Cela nous permettrait de trouver d’autres solutions  et partager nos connaissances».

« Médecins Sans Vacances nous a montré qu’un bloc opératoire, c’est comme un lieu sacré. Pour donner des soins de qualités, il y a des règles à suivre. Par exemple, il ne faut dépasser la ligne rouge d’entrée du bloc. Il faut bien suivre les étapes du circuit du patient et de la chirurgie ».

Avec son sourire et ses yeux qui brillent, Rosine affirme : « Grâce à ce que j’ai appris et ce que je compte à apprendre avec Médecins Sans Vacances,  aujourd’hui, j’ai la joie ! »

Texte: Alexandra Guillot

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Dr Yves Kluyskens : “L’hôpital de Katako Kombe en RD Congo est reconnu comme hôpital exemplaire.”

Apprendre à relativiser

Nous avons un entretien avec le Dr. Kluyskens via Zoom. L’aimable et modeste parrain de l’hôpital partenaire de Katako Kombe apparaît à l’écran avec sa luxuriante chevelure blanche. Ce Gantois de 72 ans parle avec patience et réflexion et ne veut surtout pas trop de louanges pour ce que j’appellerais l’œuvre de sa vie : cet hôpital au centre du Congo.” On pourrait l’appeler ainsi, mais il faut apprendre à relativiser dans la vie”. Relativiser est un mot qui reviendra encore plusieurs fois durant notre conversation. Une leçon de vie que le Congo lui a apprise.

En dessous du seuil de pauvreté absolue

C’est en 1995 que le Dr Kluyskens, cardiologue, est entré en contact pour la première fois avec la zone de santé de Katako Kombe, dans l’impénétrable province de Sankuru. “La situation y était déchirante. Il ne restait plus rien des soins de santé. Il n’y avait même plus de vaccination.” La région est l’une des zones les plus pauvres du pays, où 90 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté absolue.

Yves Kluyskens s’est mis à chercher des ONG qui voulaient soutenir cette région. En 2004, il est entré en contact avec Médecins Sans Vacances, où il est devenu vice-président du Conseil d’Administration. Entretemps, il a occupé diverses fonctions et participe toujours bénévolement au groupe consultatif Action Sud.

Chirurgien à part entière

En 2008, l’hôpital de Katako Kombe a reçu les premiers volontaires de Médecins Sans Vacances. Le Dr Kluyskens, qui s’est rendu une trentaine de fois sur place en tant que consultant indépendant pour Memisa, a vu de nombreuses missions depuis le début. “Je connais beaucoup de membres du personnel de l’hôpital et leurs familles, je sais à quelle tribu ou à quel clan ils appartiennent. J’ai également vu presque tous les volontaires au travail. Ce sont tous des gens motivés et engagés.” Au cours des dix premières années, l’accent a été mis sur le développement de la chirurgie, de la maternité et du laboratoire. “Ce que je trouve fantastique, c’est que Herman Devriendt, chirurgien bénévole et ancien collègue, ait pu convaincre l’un des médecins les plus compétents d’aller se spécialiser à Lubumbashi. Il n’est pas facile de trouver un médecin qui, après sa spécialisation, soit prêt à aller travailler dans un endroit aussi isolé que Katako Kombe. La présence d’un chirurgien à part entière crée maintenant un afflux de patients venant d’autres zones de la province. Un résultat fantastique, à mon avis.

Attention aux soins

A propos de la maternité, Yves Kluyskens s’exprime en des termes très élogieux. “On n’y fait pas que des accouchements, on prend aussi bien soin des femmes. L’attention ne va pas seulement à l’accouchement ou au traitement mais également à l’accueil chaleureux et au suivi des femmes. Ceci n’est pas toujours évident au Congo. La situation y est très différente de ce que l’on voit dans d’autres hôpitaux de la région.

Hôpital de Démonstration

Tous ces efforts ont fait de Katako Kombe, avec ses 98 lits, le seul Hôpital de Démonstration des 18 zones de santé de la province, reconnu par le Ministère de la Santé congolais. ” Ceci implique que l’hôpital doit satisfaire à un certain nombre de critères de base, tels que, disposer d’un laboratoire, d’un appareil d’échographie et d’un équipement basique de radiographie. Des médecins et du personnel infirmier des hôpitaux avoisinants viennent chez nous pour suivre des formations. N’oubliez pas qu’en termes congolais, cela peut signifier jusqu’ à 600 km.”

Faire beaucoup avec peu

Cette reconnaissance est en grande partie le mérite de Médecins Sans Vacances, selon le Dr Kluyskens. “ J’apprécie beaucoup la vision plus large de Médecins Sans Vacances en matière de soins de santé, une vision que j’essaie de promouvoir depuis 20 ans. Grâce à mes études en santé publique, j’ai appris à réfléchir en fonction du contexte. Au Congo, les soins de santé sont organisés à l’intérieur de zones, il est donc important de considérer ces zones dans leur ensemble et d’impliquer également dans la formation les infirmiers des centres de santé, où il n’y a pas de médecin.

Il arrive parfois que des volontaires, en mission pour la première fois, aient des difficultés avec le contexte. En fait, depuis 1995 je n’ai vu que très peu de progrès dans la situation socio-économique du Congo, dans l’infrastructure routière ou dans l’intervention de l’état. Il faut donc essayer de réaliser un maximum avec un minimum de moyens. Dans le passé, au retour d’une mission, j’ai eu moi aussi des problèmes à me réadapter au contexte belge. Le lendemain de mon retour, j’allais travailler à l’hôpital Maria Middelares, à Gand, où je disposais de tous les moyens, même pour les plus petites interventions.”

Système parallèle

“Il faut apprendre à relativiser et un volontaire de terrain doit pouvoir s’adapter à d’autres cultures. Les Africains ne pensent pas de la même façon que nous. Il faut tenir compte de tous ceux qui s’occupent des soins de santé : il y a les magiciens, les féticheurs …. Il y a les médecins qui pratiquent la médecine traditionnelle. L’unique forme de psychiatrie est celle des ‘traditionnels’. Lorsque l’on demande aux patients, lors d’une consultation, s’ils prennent des médicaments traditionnels, ils nient toujours alors qu’ils en prennent tous, même le personnel infirmier. Un patient qui vient en consultation a souvent déjà connu un long parcours. C’est un système parallèle dont il faut tenir compte dans le traitement.”

Des équipes mixtes

Le Dr Kluyskens reçoit encore tous les jours des mails de la part des hôpitaux avec des questions ou communications. “ Aujourd’hui commence une mission ‘urgences’, le mois passé, il y a eu une mission ‘pédiatrie’ : chaque fois avec des experts locaux congolais. Je suis très satisfait de cette évolution vers la constitution d’équipes mixtes. C’est ce que j’ai toujours préconisé. Je souhaite donc que Médecins Sans Vacances continue sur la bonne voie avec une vision large et à long terme !”

Texte: Ann Palmers

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Orthopédiste Dr Cuma Moise : “Médecins Sans Vacances comprend la réalité du terrain et réagit avec souplesse.”

Longues journées

Nous lui parlons rapidement entre les interventions. Il est 20h30min. au Burundi et après notre interview, il va encore opérer deux patients. Aujourd’hui, il y a eu sept patients opérés avant eux à l’hôpital public, ainsi qu’à l’hôpital privé où il travaille. Mais l’homme souriant semble enthousiaste et motivé. Il a déjà opéré cinq patients dont une ablation de deux matériels d’ostéosynthèse type plaque-vissées chez un patient qui avait une fracture consolidée de deux os de l’avant-bras gauche, un traitement orthopédique pour une dame avec une malformation type genou valgus à gauche, un autre avec une fracture du tibia droit ostéosynthésé par enclouage centromédullaire verrouillée type SIGN sans amplificateur de brillance et une chirurgie plastique chez un enfant avec une cicatrice rétractée des doigts de la main gauche. “Le besoin est grand. Nous faisons des longues journées mais opérer quelqu’un qui ne savait plus marcher et ensuite le voir sortir en marchant, ça fait du bien.”

Quatre orthopédistes

Le Docteur Cuma Moise est un chirurgien spécialisé en orthopédie. Pour Médecins sans Vacances il a déjà fait environ treize missions dans différents hôpitaux au Burundi et dans d’autres pays du Grands lac avec la même vision d’apprendre la chirurgie de base et orthopédique aux médecins généralistes.

En 2016, il a été pour la première fois à la clinique d’Ijenda au sud du Burundi. Depuis lors, huit missions ont été réalisées dans cet hôpital et à la fin de ses missions, un certificat de formation avait été octroyé aux médecins généralistes appliqués. En ce jour, ces médecins sont encore présents à l’hôpital d’Ijenda et ils ont augmenté la fréquence des interventions de chirurgie de base avec succès. En cas des problèmes, ses collègues médecins n’hésitent pas à l’appeler par téléphone ou WhatsApp pour avis chirurgical pour une meilleure prise en charge des patients.

Il a aussi visité trois fois l’hôpital de Mibilizi au Rwanda depuis Mars 2017. Il s’agissait des missions de traumatologies et l’équipe de MSV était complète, c’est-à- dire composée, d’un infirmier instrumentiste du bloc, un anesthésiste, une infirmière de salle et un kinésithérapeute. C’était une de ses plus belles missions avec des médecins très appliqués et une direction de l’hôpital sensibilisée pour la cause.

“Au total, il y a seulement cinq jeunes orthopédistes dans tout le Burundi. Le besoin est grand. Beaucoup de gens souffrent de problèmes osseux. Il y a aussi très souvent beaucoup d’accidents de la voie routière par motos, véhicules et vélos. La plupart de ces accidents sont liés au non respect des règles du code de la route, à l’excès de vitesse , à l’excès d’alcool…

Au début de ses études de spécialité en 2011 au Centre hospitalo-Universitaire de Kamenge (CHUK) au Burundi, un orthopédiste canadien est arrivé, un homme d’une soixantaine d’années. La hargne et la dynamique avec lesquelles il travaillait l’ont poussé à faire la traumato-orthopédie comme spécialité.

La grâce lui a été ainsi donné de poursuivre ses études de spécialité pendant deux ans, de 2012 à 2014 en Belgique à l’Université Saint Luc de Bruxelles où il avait eu l’inscription. Il fût adressé à Namur (CHRN) pour les stages pratiques pendant les deux ans et une fois la semaine, il était appelé à aller suivre les cours théoriques à Bruxelles. C’est à Namur qu’il a rencontré l’imminent docteur, Mr. François Daubresse, son maître de stages et l’un des meilleurs orthopédistes de la place. Très enthousiaste, admiratif, joviale, professionnel et un très bon encadreur, ce dernier été entouré d’une équipe d’autres orthopédistes de la main, de la chirurgie plastique, du pied, du rachis, du genou, de la hanche, les médecins anesthésistes ainsi que d’un service de réhabilitation spécialisé, sans oublier une équipe infirmière très professionnelle et expérimentée.

Après deux années de sa formation, Dr Cuma est retourné au Burundi pour parachever sa formation en septembre 2015. Jusqu’à ce jour, il travaille à temps plein au Centre hospitalo-Universitaire de kamenge (CHUK), en temps partiel à l’hôpital militaire de Kamenge(HMK) et à l’hôpital Prince Régent Charles (HPRC). Il preste aussi en privé dans les après-midis et le soir.

Moins de transferts

Lors de ses missions MSV, il forme des généralistes pour pratiquer la chirurgie de base. “En général, il s’agit d’interventions de base en traumatologie et en orthopédie, telles que la façon de poser un plâtre, les attelles, l’usage de fixateur externe et le triage en consultation externe.

Au Burundi il a fait jusqu’à présent plus de 12 missions pendant lesquelles lui et son équipe approfondissent les techniques de chirurgie de base (entre autres exemple la prise en charge orthopédique des fractures fermées et ouvertes et les indications du transfert des patients). Très souvent aussi il traite les ostéomyélites chroniques, les soins de plaies infectées et les greffes cutanées.

Auparavant il y avait un grand nombre de transferts des cas compliqués dans des pays limitrophes comme le Kenya ou l’Ouganda voir en Inde et en Europe.

Actuellement, il y a une meilleure prise en charge de tous les cas compliqués et depuis 3 ans une formation de spécialité en chirurgie orthopédique pour les médecins dans le pays a été mise en place.

Beaucoup de plaisir

C’est de son séjour à la clinique Mibilizi au Rwanda qu’il garde ses meilleurs souvenirs : “Au début je ne connaissais pas mon équipe. Elle était composée d’une équipe multidisciplinaire professionnelle (Belge, Rwandais et Congolais) : un chirurgien, un Dr anesthésiste, un infirmier du bloc, une infirmière des salles et un physiothérapeute.

Le premier jour, nous avons travaillé jusqu’à 21 heures, le deuxième jour à 22 heures et le troisième encore plus tard. Il y avait un afflux énorme des patients de tous les coins du Rwanda ainsi que les zones proches de Bukavu en RDC et de Cibitoke au Burundi.

En plaisantant, nous disions que c’était l’hôpital de la région où on travaillait le plus. Ce sont des plaisanteries qu’on fait au sein de l’équipe. Mais cela prouve la motivation de chacun.”

Les yeux et les oreilles de l’organisation

Il souhaite encore un bel avenir à Médecins Sans Vacances. “C’est une de ces rares ONGs qui comprenne la réalité du terrain et qui s’adapte facilement. ‘Nous ne travaillons pas en pilotage automatique. A chaque mission, en tant qu’expert local, nous devons nous adapter chaque fois à la situation locale, comme, par exemple à l’hôpital de Muramvya au nord du Burundi. Il y avait là beaucoup plus de patients avec des infections osseuses et des plaies infectées que dans le sud. Je n’étais pas préparé à cela. Mais Médecins Sans Vacances s’est adapté pour les missions suivantes après le feed-back et nous nous sommes concentrés sur le problème tout au long de nos missions. Ils nous considèrent comme les yeux et les oreilles de l’organisation. C’est ainsi que nous pouvons mener à bien nos missions.”

Texte : Ann Palmers

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Eddy Nierynck (DGD) : “Je constate une évolution importante et nécessaire au sein de la coopération au développement.”

Evolution énorme

Eddy Nierynck: “Quand je passe en revue les presque 10 ans que je suis le programme de Médecins Sans Vacances, je constate une forte évolution au sein de l’ONG. Médecins Sans Vacances a évolué d’une organisation médicale principalement orientée vers les services vers une ONG qui vise à renforcer les capacités des hôpitaux partenaires locaux à un large niveau. Une évolution positive et nécessaire, qui respecte aussi pleinement les règlements et directives de l’administration. J’ai été très heureux de pouvoir suivre cette nouvelle approche avec mon ancien collègue Martinus Desmet. Durant cette période Martinus travaillait aussi à l’ambassade à Kinshasa (RD Congo). De plus, il possède une grande expérience et des connaissances techniques dans le domaine des soins de santé internationaux et de la coopération au développement.”

De la prestation de services au renforcement des capacités

“Médecins Sans Vacances existe depuis 40 ans. Cela signifie l’implication de nombreux volontaires, qui partaient autrefois d’une approche purement axée sur la prestation de services. Cependant, la DGD jugeait qu’il était nécessaire d’évoluer vers une approche de renforcement des capacités sur le plan médical, technique, organisationnel et institutionnel. Dans le contexte de l’évaluation des subventions, il ne serait pas apprécié de continuer uniquement sur l’ancienne lancée des missions de service du Nord. Dans le cadre de la coopération au développement, le renforcement des capacités locales est essentiel pour la DGD. Heureusement, Médecins Sans Vacances est sur ce point, sur la même longueur d’onde.

Nous nous rendons cependant compte que pour notre vaste et fidèle base, la transition de la prestation de services au renforcement global des capacités ne pouvait se faire du jour au lendemain. Après quelques années, il est très satisfaisant de constater que l’approche du renforcement des capacités globales prend forme de plus en plus et de voir comment vos partenaires locaux – les hôpitaux africains – accueillent les processus de renforcement des capacités, dont le point de départ est leurs besoins, tant médicaux que techniques et organisationnels.”

Objectifs communs

“J’étais enchanté en 2016, de voir Memisa et Médecins Sans Vacances introduire un programme quinquennal commun pour la période 2017-2021. Ce fût un exemple au sein de la DGD, car le programme ne se limitait pas à une collaboration entre différentes organisations, chacune avec son propre outcome, mais bien avec un objectif commun.

Aujourd’hui, nous accueillons un autre programme conjoint dans lequel Médecins Sans Vacances, Memisa et La Chaîne de l’Espoir utilisent, exploitent et rassemblent leur spécificité, leur expertise et leurs capacités. Mais je ne suis pas autorisé à révéler quoi que ce soit à ce sujet pour le moment car l’évaluation est encore en cours.

“Je supporte pleinement la réforme de la collaboration au développement non-gouvernementale et crois beaucoup en la valeur ajoutée des cadres stratégiques communs. De grands pas en avant ont été faits entretemps. Notre collaboration avec les pays partenaires s’est intensifiée. Si, par exemple, vous introduisez un dossier de subventions pour la RD Congo, nous allons consulter nos collègues à l’ambassade congolaise et collaborer étroitement avec eux afin d’arriver à une évaluation équitable et correcte. J’ai également effectué quelques 33 missions auprès des acteurs de terrain et, dans le cadre des audits financiers, j’ai visité chaque année les bureaux des ONG en Belgique, dont Médecins Sans Vacances à Malines. En dehors de l’évaluation avec le contrôleur financier, je considère qu’il est très important de prendre le temps de parler du contenu, des résultats et des progrès sur le terrain. “

Collaboration plus étroite

La coopération entre ONG est un sujet qui me préoccupe en permanence : “Comment fonctionnent-elles ? Quelles sont les possibilités ? Quels sont les goulets d’étranglement éventuels ? Les ONG ne sont pas considérées par tout le monde comme le fleuron de la collaboration au développement, pour le dire gentiment ! Leur travail est une goutte d’eau dans l’océan, dit-on souvent. Mais cela ne correspond pas à la réalité que je vois sur le terrain. Là, je constate une réelle différence. L’un de mes souhaits avant de prendre ma retraite est de voir l’ensemble et non la somme de différents éléments, donc une collaboration encore plus étroite avec des résultats communs très visibles. C’est déjà merveilleux de voir cette collaboration entre Médecins Sans Vacances et Memisa mais je veux voir encore plus grand, de préférence avec tous les acteurs de terrain. Ceci est mon rêve !”

 

Texte: Veerle Symoens

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Dr Johan Mattelaer, à propos du lancement de Médecins Sans Vacances : « Ils m’ont demandé de revenir pour opérer des enfants atteints de polio ».

La première mission au Cameroun

Johan Mattelaer : “Les ‘frères Jaccard’ étaient connus dans toute l’Afrique pour leur ‘prothèse Africaine’, avec laquelle ils ont réussi à fabriquer des prothèses simples mais efficaces pour les personnes handicapées en utilisant du bois de bambou et un peu de fer à béton pour les lépreux handicapés et les malades de la polio. Un médecin de l’armée française les a aidés et a opéré ces enfants, mais lorsqu’il a été contraint de partir en 1977, il y avait un vide dans le traitement des nombreux patients de la région.
Pendant ma visite, j’ai été convaincu de revenir avec une équipe chirurgicale pour opérer les patients atteints de polio.

Et donc j’ai repris l’avion pour Yaoundé au Cameroun en 1981. Cette fois, avec le chirurgien Dr Frans de Weer et l’anesthésiste Dr Roland Bonneux.
À l’hôpital dans la brousse de Nden, à 200 km au sud de Yaoundé, nous avons opéré 27 enfants. Au total, 52 opérations ont été réalisées et 25 plâtres ont été appliqués.”

Cameroun et Kasaï oriental

“Notre mission a eu un effet boule de neige. La même année, le missionnaire scheutiste flamand Stan Hanssens nous a contactés pour organiser une mission similaire au Kasaï oriental, dans ce qui était alors le Zaïre. Ils y avaient ouvert près de la ville minière de Mbuji Maji, aux postes de mission de Cilenge et de Lukalaba, un centre pour enfants handicapés atteints de la polio. De 1982 à 1983, nous avons régulièrement envoyé des missions chirurgicales à Cilenge et Lukalaba. Tout était fait sur la base du volontariat. Les médecins qui ont participé à la mission étaient aussi responsables de toute l’assistance financière et payaient leurs propres vols.

De la petite organisation à l’ONG officielle

Progressivement, les interventions sont devenues plus nombreuses et plus importantes.
En tant qu’urologue, je ne me suis pas aventuré dans la chirurgie orthopédique de la jambe ou l’ostéosynthèse. C’est pourquoi j’ai arrêté de travailler sur d’autres projets. Médecins
Sans Vacances est devenu, grâce au Dr Frans De Weer et à Hilde Mattelaer, une
ONG structurée et officiellement reconnue. Elle était soutenue par les services logistiques de la mission Scheut et plus tard, de l’ambassade de Malte au Zaïre.

Nouveaux projets et partenariats

Entretemps, “Médecins sans Vacances” existe depuis 40 ans. Mais depuis le début, je me suis toujours impliqué dans d’autres missions et bonnes causes. Pas seulement en Afrique mais dans le monde entier. J’ai créé notamment la clinique Monseigneur Goethals, un hôpital de jour dans le centre de Calcutta en Inde, j’y siège encore toujours au conseil d’administration de FistulAid, j’ai mis en place Medihulp, une organisation de Flandre Occidentale (du sud) dont le but est, surtout, de soutenir des projets médicaux.

C’est ainsi que mes liens étroits des premières années avec Médecins Sans Vacances se sont estompés. Je pense avoir fait une dizaine de missions avec l’organisation. C’est pourtant merveilleux de voir comment certaines collaborations et partenariats continuent à exister grâce à une passion, une implication et une vision partagées.

Je suis également ami depuis 50 ans avec l’urologue Emile De Backer qui a fondé une grande clinique pour traiter les cas de fistules dans les hôpitaux Saint-Elisabeth et St Joseph de Kinshasa. Il y a formé le docteur Dolores Nembunzu, qui, entretemps, est devenue directrice de l’hôpital. Le docteur De Backer y a réalisé un magnifique travail. A un certain moment, il cherchait un soutien logistique et médical supplémentaire pour renforcer les capacités. Par ma fonction chez FistulAid, je l’ai mis en contact avec le Dr. Frans De Weer. C’est ainsi que le Dr.Emile De Backer a commencé à travailler pour Médecins Sans Vacances en apportant son soutien. L’hôpital St Joseph à Kinshasa est devenu entretemps une vraie référence en matière de chirurgie fistulaire. La Dr. Dolores est même tellement compétente que la clinique est devenue totalement autonome.

Belles réalisations

“ La force de Médecins Sans Vacances est, encore toujours, après 40 ans de mettre l’accent sur le partage des connaissances. Donc pas simplement opérer et repartir mais vraiment former au niveau local suivant les besoins de l’hôpital lui-même. C’est ainsi que les connaissances se transmettent. Depuis le début, c’était notre plus grand souhait de finalement devenir inutiles. Le chemin est long mais il y a tant de magnifiques réalisations lorsqu’on fait le bilan. Pensez, par exemple, à la clinique St Joseph à Kinshasa qui est à présent une référence pour le Congo de l’ouest et les environs.”

Texte : Veerle Symoens

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Aoudi Ibouraïma, directeur de l’hôpital Evangelique de Bembéréké: “Nous avons fait des progrès énormes.”

Grand hôpital

L’Hôpital Evangélique de Bembéréké est un hôpital de référence au Nord du Bénin. Il a été fondé dans le cadre d’une mission évangélique en 1961 et s’est développé de 43 à 240 lits actuellement. L’hôpital est à la disposition de quelque 264 750 habitants des communes de Bembéréké et Sinendé. “ En ajoutant les populations des départements du Borgou et de l’Alibori, nous atteignons plus de 2 millions le nombre de la population desservie par notre hôpital. Il faut noter que nous avons en moyenne 30’000 consultations par an”, explique le directeur Aoudi Ibouraïma, en poste depuis 6 ans.

Des défis considérables

“Les défis à relever pour un hôpital de notre taille sont considérables. Avant tout, nous voulons mettre notre chirurgie aux normes en vigueur, ce qui n’est pas encore le cas actuellement. Dans le service de pédiatrie, nous devons faire face à un grand nombre d’enfants souffrant de paludisme et de malnutrition, souvent combinés à une anémie. Au cours des 3 dernières années, nous sommes régulièrement débordés dans ce domaine pendant environ 9 mois sur les 12 mois de l’année. Les lits sont occupés, nous manquons de place pour ces enfants que nous devons même installer dans le couloir. Nous allons jusqu’à un taux d’occupation des lits de 120%.

En plus, nous devons chercher une solution à l’instabilité du personnel. Nous constatons que beaucoup de collaborateurs, surtout des médecins et infirmiers/ières viennent pendant 2 ans chez nous pour acquérir de l’expérience et puis quittent pour aller se spécialiser en chirurgie, en gynécologie, … ce qui rapporte mieux. Compréhensible, mais cela signifie que nous sommes continuellement à la recherche de nouveaux collaborateurs qui ont souvent très peu d’expériences. Nous essayons également d’améliorer l’entretien de l’équipement médical, avec le soutien de Médecins Sans Vacances.”

Soutien flexible

Depuis 2017, notre hôpital est devenu un hôpital partenaire de Médecins Sans Vacances, une collaboration dont il parle en termes élogieux. ” Nous avons appris à les connaître par d’autres hôpitaux de Bourgou. Médecins Sans Vacances s’est montré très flexible dès le départ et ils voulaient vraiment comprendre de quoi nous avions le plus besoin et trouver le moyen d’y remédier ensemble. Ceci à travers des ateliers d’analyse et d’élaboration du trajet de renforcement des capacités (TRC) de notre hôpital. Ainsi, nous étions par exemple à la recherche de spécialistes chevronnés en médecine tropicale, un besoin dont l’ONG a tenu compte.

Nouveau service d’urgence et de diabétologie

Les progrès faits en 4 ans sont énormes. Memisa a financé la construction et Médecins Sans Vacances l’équipement de notre service des urgences, qui n’existait pas auparavant. Le bâtiment a été construit et l’organisation du service mise au point grâce à l’appui de MSV. Par exemple, nous recevons beaucoup de victimes d’accidents de la route (traumatisés) qu’auparavant nous devions toujours référer ou que nous prenons mal en charge. Aujourd’hui nous sommes capables de les prendre en charge plus efficacement dans notre hôpital. Aussi avec l’accompagnement de MSV à travers les missions des experts, une unité de diabétologie a également été créée au sein du service de médecine interne. Alors qu’avant, les patients ne pouvaient venir en consultation que le jeudi, ils peuvent désormais tous les jours ouvrables de 8h à 17h et pour les hospitalisés tous les jours sauf les jeudis. Nous avons une équipe de 2 médecins et de onze (11) pairs éducateurs/trices en diabétologie (infirmiers/ières) qui ont été formé pour suivre nos patients diabétiques qui sont en moyenne 750 personnes par trimestre. Le diabète est, en effet, une maladie qui reste souvent cachée et qui peut représenter un réel danger. Aujourd’hui, elle est détectée plus rapidement grâce à des campagnes de sensibilisation et de dépistage de masse que nous organisons.”

Compétence collective à nouer des relations pour attirer du financement

Sur appui de MSV, notre hôpital a reçu un accompagnement de DEDRAS-ONG du Bénin sur : les techniques d’élaborations de projet, l’analyse de contexte et l’élaboration de la Théorie de Changement (TdC), l’écriture de l’Idée de Projet conformément au canevas de d’un Partenaire technique et Financier appelé CBM, la formation théorique et pratique sur le plaidoyer pour la mobilisation des ressources, l’institutionnalisation d’un service de développement des nouvelles opportunités dans notre hôpital est une réalité.

Echanges entre hôpitaux partenaires

La pandémie de la Covid-19 a rendu impossible les missions venant de la Belgique.” Depuis l’année dernière nous explorons les possibilités d’organiser des missions au sein de notre pays entre les divers hôpitaux partenaires de Médecins Sans Vacances. L’hôpital Saint Martin de Papané en est un bon exemple pour nous. Ils fabriquent eux-mêmes du savon liquide or notre hôpital n’en fabriquait pas mais achetait ce savon chez des particulier. . Depuis que nous avons envoyé deux personnes de notre hôpital chez eux pour apprendre la technique, nous fabriquons notre propre savon de très bonne qualité, de même pour la solution hydroalcoolique pour la friction des mains que nous préparons nous-mêmes, grâce à un échange avec l’hôpital de Bassila. Des collaborateurs de notre service de néonatologie se sont également rendus à l’hôpital partenaire Sounon Séro de Nikki pour y apprendre la méthode kangourou pour nouveau-nés. Plusieurs autres échanges sont déjà prévus. Aussi nous avons reçu des équipes de ses hôpitaux partenaires pour apprendre chez nous. Une manière passionnante de partager ses connaissances.

Collaboration à long terme

En plus des échanges locaux, le directeur de l’hôpital, Aoudi Ibouraima espère que les volontaires belges pourront continuer leur travail dans le futur. ” Avec MSV nous élaborons très bientôt notre nouveau trajet de renforcement des capacités (TRC) dans lequel nous fixons nos priorités pour une période de trois ans. J’ignore si leurs compétences et la façon de les transmettre pourraient être trouvées ici au niveau local. Les missions restent donc un grand atout.” Il regarde avec grande satisfaction le chemin déjà parcouru et espère que la collaboration pourra durer encore longtemps pour permettre à l’hôpital de Bembéréke de poursuivre son évolution.”

Texte : Ann Palmers

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Catherine Akele: “En 25 ans, le taux de mortalité de nos patients est passé de 20 à 4 % et même moins.”

Taux de mortalité en baisse

“L’Hôpital pédiatrique est situé dans la zone de soins de santé de Lingwala, une commune de Kinshasa. C’est vraisemblablement le seul hôpital de la région, voire même du pays entier, exclusivement pour enfants” nous raconte la directrice Catherine Akele avec fierté. Elle connaît à fond l’hôpital qui a 53 ans. Il a été fondé en 1948 par la Croix Rouge belge mais est devenu entre-temps un hôpital public de référence pour la région. Elle y a été affectée comme médecin généraliste au milieu des années 80 et y retourna après sa spécialisation en pédiatrie et en néonatologie à Nancy en France, où elle a passé neuf ans, avec son mari, médecin- chirurgien, lui aussi.

“La Croix Rouge nous a mis en contact avec Médecins Sans Vacances avec qui nous collaborons depuis maintenant seize ans. Notre notoriété et la qualité des soins que nous pouvons offrir, sont en partie le fruit de toutes les formations que nous avons reçues au fil des années. Le taux de mortalité des patients de notre hôpital a baissé de 20% à 4% en 25 ans. Cela dit tout !

Paludisme, infections et diarrhée

Chaque année, une trentaine de médecins et une centaine d’infirmiers/ières voient passer quelque 15 000 enfants aux consultations. La plupart reçoivent des soins ambulants et retournent à la maison mais une grande partie doit être hospitalisée pour une période plus longue.” Les problèmes principaux chez les enfants en bas âge sont le paludisme, les infections des voies respiratoires et la diarrhée. Notre hôpital ne dispose pas d’un service de maternité, donc tous les nouveau-nés sont transférés d’ailleurs. Nous traitons entre autres des infections néonatales, des symptômes d’asphyxie, des naissances prématurés, des problèmes digestifs, etc. Mais c’est en chirurgie que les besoins sont les plus pressants. Nous constatons que nos chirurgiens ne disposent pas des techniques nécessaires pour effectuer des opérations des voies digestives ou urinaires compliquées. Malgré tout le support matériel déjà reçu, il nous manque encore de respirateurs. Nous en avons uniquement en salle d’opération.

Salle de soins intensifs

Avec une connaissance encyclopédique, elle nous raconte les changements qui ont fait de l’hôpital ce qu’il est aujourd’hui. “L’une des réalisations les plus importantes a eu lieu en 2005 avec l’aide du pédiatre Dr. Patrick Peeters. Il nous a aidés à mettre au point l’ensemble de notre fonctionnement afin d’être en mesure de prodiguer des soins intensifs, ce qui n’était pas possible auparavant. Nous avons reçu de l’aide sur le plan matériel mais aussi sous forme de cours de formation pour le personnel. La salle des soins intensifs communique par une porte à une autre salle où sont hospitalisés des enfants, sérieusement malades mais ne nécessitant pas de soins intensifs. En cas de problème, le patient peut être transféré immédiatement dans la salle voisine.

Au service de néonatologie, beaucoup a changé depuis que le personnel infirmier a suivi différentes formations, allant de la surveillance, à l’alimentation, le traitement de la douleur, à la réanimation cardiaque.

Dans le domaine de la chirurgie, le Prof. Greta Dereymaeker a enseigné à nos médecins le traitement des pieds bots. A leur tour, nos médecins transmettent leur savoir aux jeunes diplômés qui font leur stage chez nous.

Créativité et innovation

La directrice a déjà vu beaucoup de choses dans sa vie mais elle reste souriante et combative.” En tant que médecins nous sommes préparés psychologiquement et scientifiquement à travailler dans des circonstances pénibles. Avec des enfants, le défi est d’autant plus grand car voir un enfant malade qui souffre, fait mal. Je me souviens qu’à mon retour de France, il n’y avait pas encore de chirurgiens à l’hôpital, à un moment est arrivé un enfant souffrant d’épanchement pleural. Lors de mon séjour au service de néonatologie à Nancy, j’avais appris la technique du drainage de liquide, c’était donc à moi de jouer. Je me suis rendue au marché où j’ai acheté des bouteilles et des sandales en caoutchouc pour bricoler un appareil de drainage pour aider cet enfant. Les circonstances souvent difficiles nous forcent à être créatifs et innovants. Si nous nous croisons les bras, nous ne sauverons pas les enfants.

Se concentrer sur l’amélioration

Pour terminer, elle souhaite un joyeux 40e anniversaire à Médecins Sans Vacances. “Nous sommes très heureux du soutien que nous avons reçu jusqu’à présent et nous espérons que la coopération se poursuivra. Grâce à la méthode de renforcement des capacités, notre coopération a évolué et s’est améliorée. Nous réfléchissons ensemble en fonction de nos besoins. Grâce à cette manière de travailler, nous sommes également mieux à même de nous remettre en question et de nous concentrer sur ce qui peut être amélioré. C’est pourquoi, à l’avenir, nous voulons nous concentrer davantage sur la chirurgie, afin qu’elle devienne de haute qualité.”

Texte : Ann Palmers

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“J’appelais des hôpitaux, des médecins et des infirmiers/ières pour voir comment ils pouvaient aider Médecins Sans Vacances.”

Action et inspiration

“ Pendant ce temps, j’étais restée à la maison avec nos trois enfants mais je me sentais tout aussi motivée pour jouer moi-même un rôle actif dans cette histoire. Lorsque, à leur retour, j’ai entendu leurs expériences, mon enthousiasme a pris le dessus. J’ai alors commencé à appeler des hôpitaux, à contacter du personnel médical afin de mobiliser plus de médecins et du personnel infirmier, je leur ai demandé s’ils pouvaient nous faire don de certains équipements médicaux et je me suis également adressée à des entreprises pour demander de l’aide sous forme de dons. J’ai constitué des équipes médicales, rédigé des directives, je me suis occupée des visas, de leur trouver des logements en RD Congo, etc….

Entretemps, les pères Scheutistes en RD Congo nous adressaient des demandes pour des missions dans les hôpitaux de brousse et les hôpitaux de référence dans la région de Kasaï et plus tard dans le pays entier. Les besoins étaient immenses. De nouvelles missions partaient au Congo, pendant que moi, je restais en Belgique pour assurer la coordination. Pendant la journée, je passais beaucoup de temps au téléphone avec des entreprises et des hôpitaux et le soir, assise devant ma machine à écrire, je tapais des lettres et des demandes. Les portables et l’internet n’existaient pas encore et nous n’avions pas de bureau à l’époque. Je m’occupais de l’organisation à partir de la maison, tout en prenant soin de nos trois enfants.

Première expérience africaine

“En 1984, je partis pour la première fois en mission à Lukalaba, Cilenge et Kabinda en RD Congo. Ce fût ma toute première expérience africaine. J’ai eu immédiatement le coup de foudre. J’aidais autant que je pouvais à visiter des salles de patients, à mettre des pansements, à présenter les instruments médicaux, à réconforter les enfants opérés, à rassurer les mères, etc. Une fois de retour en Belgique, je me suis sentie encore plus motivée à organiser toutes sortes de choses pour les prochaines missions. J’ai même écrit à l’armée belge. Plus d’une fois, je me suis rendue à leur dépôt de Louvain pour examiner et négocier le matériel que nous pourrions utiliser pour nos hôpitaux partenaires en Afrique”.

Engagement

“Grâce aux bons contacts avec les pères Scheutistes, le nom de Médecins Sans Vacances circulait en RD Congo, ce qui nous a valu de plus en plus de demandes des hôpitaux locaux. L’organisation est progressivement devenue un travail à plein temps et je travaillais même le dimanche pour organiser tous les envois, le matériel, les dons et les demandes. Un briefing et un débriefing étaient organisés pour chaque équipe, des protocoles étaient élaborés et j’étais en contact étroit avec les ambassades. Heureusement, nous avons progressivement reçu le soutien de volontaires très motivés en Belgique, qui ont contribué au succès de Médecins Sans Vacances.

Par deux fois, je suis allée seule en RD Congo pour une mission de prospection. Quels sont les besoins des hôpitaux sur le plan médical ? De quel matériel ont-ils surtout besoin ? Quelles techniques chirurgicales veulent-ils apprendre ? De quelle façon pouvons-nous aider ? Dès le départ nous avons travaillé sur base de demandes émanant des hôpitaux. Jamais nous ne nous sommes imposés. Cette approche est toujours restée et est, à mon avis, un magnifique point de départ.”

Enormes expériences

“Le génocide au Rwanda, en 1994, a frappé fort. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour rapatrier notre équipe le plus rapidement possible grâce à nos contacts avec la Croix-Rouge, l’ambassade et les Sœurs de Bergame. Les mots manquent pour décrire les atrocités qui se sont passées là-bas . Nos volontaires, les enfants opérés et le personnel ont pu quitter Rilima à bord d’un camion, à temps pour être évacués en avion vers la Belgique et Bergame en Italie.”

La reconnaissance de Médecins Sans Vacances comme ONG en 1996, a été une énorme récompense. Pour tous les médecins, les infirmières et le personnel médical qui avaient travaillé bénévolement pendant des années, mais aussi pour moi-même. Pour toutes ces années de travail acharné pour assurer l’organisation matérielle et financière des missions. J’en suis toujours fière et reconnaissante.

‘Mamas for Africa’

Fin des années ‘90, suite à diverses circonstances, je ressentis l’énorme besoin de mettre sur pied mon propre projet. Lors de mes voyages en Afrique, c’étaient toujours les contacts avec des femmes et leurs récits qui me touchaient au plus profond de mon âme. Leur résilience, leur persévérance et leur gratitude sont énormes.

Le respect des droits des femmes a toujours été un thème important pour moi. En raison des violences à l’est du Congo, j’ai voulu m’engager surtout pour les femmes et les jeunes filles, victimes de viol. C’est ainsi que ‘Mamas for Africa’ a vu le jour. Mamas for Africa offre surtout un accès aux soins médicaux post-viol et un soutien psychologique aux victimes de violences sexistes. La communication et la collecte de fonds se font depuis la Belgique, mais le reste de notre équipe est africaine. Nous travaillons avec des infirmières, des psychologues et des médecins locaux, comme le Dr Mukwege et son équipe de l’hôpital de Panzi. Cette responsabilisation locale est très importante pour moi.

Souhaits

“J’ai toujours été une femme entreprenante avec un engagement actif. Que ce soit pour Médecins Sans Vacances ou pour Mamas for Africa, j’ai toujours fait mon travail avec beaucoup d’enthousiasme. Après ces 40 ans, je souhaite un bel avenir à Médecins Sans Vacances.

Texte : Veerle Symoens

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Jan Goossens: “Chaque jour, Médecins Sans Vacances fait la différence pour des milliers de gens”

De bénévole à directeur

Jan Goossens a commencé comme bénévole chez Médecins Sans Vacances. C’est dans une revue médicale qu’il trouva l’organisation avec laquelle il pouvait à nouveau s’engager pour l’Afrique, où il avait séjourné pendant deux ans à la fin des des années 80 avec son épouse Els, sage-femme et également volontaire pour Médecins Sans Vacances. Il se souvient encore très bien des briefings et débriefings en 1995 autour de la table de cuisine des fondateurs Frans De Weer et son épouse d’alors Hilde Mattelaer. Après trois ans, il a été engagé comme premier collaborateur et pendant des années il a visité des hôpitaux dans onze pays d’Afrique à la recherche de moyens de soutien. Il a ensuite dirigé l’organisation en tant que directeur pendant quatre ans, jusqu’en 2012.

De petites actions pour de grandes différences

La leçon qu’il tire de cette période est qu’en tant qu’ONG nous devons surtout nous impliquer dans ce que nous pouvons représenter pour chaque individu. “Nous devons rester prudents avec la notion de ‘durabilité’ et bien comprendre comment nous pouvons vraiment faire la différence en tant qu’organisation, comment nous pouvons progresser par de petites interventions.”

Il pense, par exemple, à la méthode kangourou que sa femme Els avait enseigné à l’hôpital de Walungu, RD du Congo, grâce à laquelle les chances de survie des prématurés augmentaient. Un autre exemple : l’enfant qui a reçu une aide orthopédique grâce à laquelle il pouvait remarcher, ainsi, plus tard il avait plus de chances de trouver un travail et pouvoir sortir de la pauvreté. Il pense également à notre projet “fistule” qui consiste à pouvoir arrêter, via une intervention chirurgicale, la stigmatisation chez les femmes concernées. Pour nous ce sont de petites interventions mais pour ces femmes cela marquait la différence entre une vie d’exclusion ou pouvoir à nouveau s’intégrer et reprendre une longue vie.

Pas d’exagération

Jan Goossens insiste sur le fait qu’il est important de ne pas se surestimer dans la collaboration internationale, et de rester proche de la réalité du terrain avec nos interventions. “Ainsi, je me rappelle que, dans les premières années, notre équipe avait sauvé un prématuré. Tout le monde était euphorique, mais la mère de l’enfant n’était pas contente car c’était un enfant à soigner et elle en avait déjà sept autres à la maison.”

Bon samaritain

Il reste toujours ce jeune idéaliste qu’il était lorsqu’il avait 17 ans. “Tu peux quitter l’Afrique mais l’Afrique ne te quitte pas” disent-ils. Je suis très content lorsque je repense à toutes ces années, c’est pourquoi je continue à faire ce que je fais pour l’aide au développement, également pour le moment en tant que directeur chez “Mamas for Africa”.

J’espère de tout cœur que Médecins Sans Vacances restera fidèle à ses racines car les interventions médicales ainsi que les formations et les échanges de connaissances changent la vie de milliers de gens.”

Texte: Ann Palmers