Comment créer une valeur ajoutée pour les patients, même lorsque vous n’avez encore jamais mis les pieds dans un hôpital de référence? Kenneth Arkesteyn, directeur de l’innovation chez Het Vlaamse Kruis, une organisation d’aide humanitaire indépendante principalement active en Région flamande, nous livre son témoignage et nous en dit plus à ce sujet. Du 4 au 12 septembre, il s’est rendu en mission au Burundi pour mener une réflexion stratégique sur l’optimisation du transport des patients avec un groupe d’experts (représentants du ministère de la Santé, directeurs d’hôpitaux et experts-volontaires burundais de Médecins Sans Vacances).

Le groupe d’experts avec, au centre, Kenneth

La bonne personne au bon endroit

Kenneth a une formation paramédicale d’infirmier spécialisé de bloc opératoire. Il s’est ensuite réorienté vers le marketing et la gestion d’entreprise. Il a ainsi travaillé pendant de nombreuses années dans le secteur médical avant d’opter pour le secteur non lucratif. Kenneth a cofondé et préside Belgambu, l’organisation professionnelle belge des services d’ambulances.

Avec un tel parcours professionnel, Kenneth possédait le bagage idéal pour animer cet atelier de 6 jours dont l’objectif était le suivant : formuler des lignes directrices nationales en vue de l’élaboration de solutions structurelles pour améliorer la qualité du système de transfert des patients. Le ministère burundais de la Santé entend réaliser cet objectif grâce au projet Twiteho Amagara, financé par l’UE. Ce projet est mis en œuvre par un consortium réunissant Médecins Sans Vacances, ENABEL, Memisa et Louvain Coopération.

Gain de QALY dans le système de référence des patients

Au cours de ces 6 jours de réunion, nous avons travaillé de manière intensive avec le groupe d’experts. Pendant toute cette mission, j’ai constamment gardé à l’esprit le concept des QALY. Ma stratégie était la suivante : assurer le plus grand nombre possible de QALY pour la population du Burundi. Et j’ai pu le faire sans mettre le pied dans un hôpital.

L’abréviation QALY signifie année de vie pondérée par la qualité  (quality-adjusted life year). Le terme fait référence aux années de vie en bonne santé ; cette « bonne santé » peut avoir un impact sur l’espérance de vie et la qualité de vie. Les QALY sont utilisées pour déterminer si les ressources gouvernementales en matière de soins de santé sont utilisées correctement.

Kenneth: “Le point de départ de notre réflexion était le système de référence au Burundi, ou plus exactement, le système de référence et de contre-référence, un terme qui, selon moi, illustre mieux le processus. Référer un patient consiste à le transférer vers un niveau supérieur de compétences en matière de soins. La contre-référence est le processus inverse : suffisamment rétabli, le patient peut être redirigé vers un niveau de soins inférieur, ce qui permet de soulager les structures de soins spécialisés.
Le plus grand nombre de QALY peuvent être gagnés au niveau de la partie « référence » du transport de patients. En d’autres termes, si vous parvenez à réduire le nombre de décès durant le transport, de nombreux QALY peuvent être gagnés.”

Le système de soins de santé au Burundi est structuré comme suit : le premier niveau est le niveau communautaire, avec les centres de santé. Les autres niveaux sont ceux de l’hôpital de district, ensuite de l’hôpital régional et enfin de l’hôpital national.
Le pays est subdivisé en une quarantaine de districts, qui disposent chacun de deux ambulances. L’une se trouve à l’hôpital même et l’autre au bureau du district. À l’heure actuelle, ces ambulances ne sont pas utilisées de manière optimale.

 

Exemple de ligne directrice à fort impact pour le patient et dont la mise en œuvre nécessite beaucoup d’efforts (beaucoup de QALY):
Les patients bénéficient parfois d’un transport vers un hôpital situé à seulement cinq kilomètres et que l’on peut atteindre en dix minutes. Mais s’il est situé dans un autre district, c’est administrativement difficile, également parce que le financement des hôpitaux de district ne le prévoit pas. Pour le patient, cela signifie parfois 3 heures de route pour se rendre dans un hôpital de sa région. Et le temps peut être un facteur déterminant dans le transport d’un patient moins bien loti. Il est évident que l’ajustement du système financier des soins de santé au Burundi n’est pas une tâche facile.

Exemple de ligne directrice à fort impact pour le patient et dont la mise en œuvre nécessite des efforts raisonnables (quelques QALY):
Garantir la qualité des soins pendant le transport du patient en ambulance ne nécessite pas énormément d’efforts. Il faut s’assurer que le patient est stabilisé et rassembler les informations précises nécessaires à un transfert de qualité.

Une autre mesure qui ne nécessite pas énormément d’efforts et qui peut se révéler très efficace consiste à améliorer l’image du transport des patients dans les hôpitaux et à élargir l’éventail des tâches confiées au personnel ambulancier, au terme d’une formation approfondie.

Nous (les experts-volontaires) sommes réunis pour créer des leviers afin de maximiser l’impact de nos efforts. J’aurais pu très bien transporter un patient et dire : «C’est comme ça qu’il faut faire». Mais ce n’est pas comme ça que je fonctionne. Non, je veux m’assurer que tous les patients transportés reçoivent les bons soins. Et pour y parvenir, il faut des structures adaptées.

La Belgique comme source d’inspiration

Kenneth: “Pour concevoir de bonnes lignes directrices qui améliorent la qualité du transport des patients au Burundi, nous avons consulté la réglementation belge. En Belgique, une réglementation – assortie d’une liste – énumère tout le matériel médico-infirmier dont l’ambulance doit être équipée. Nous avons utilisé cette liste comme source d’inspiration/liste de contrôle ; les experts ont ajouté et supprimé des items, en tenant compte du contexte local.

Pour le Burundi, nous avons ainsi ajouté des pantalons médicaux anti-choc. Ce dispositif peut sauver la vie d’une femme enceinte qui présente des complications, le cas de figure le plus fréquent au Burundi.

Une hémorragie grave nécessite une tout autre approche au Burundi qu’en Belgique, où les temps de transfert vers les hôpitaux sont plus courts et où les médecins urgentistes sont rapidement sur place pour prendre le relais (équipe SMUR). Au Burundi, l’infirmier doit pouvoir assurer seul – sans l’aide d’un médecin – les soins et stabiliser le patient pendant une période beaucoup plus longue. Il faut donc concevoir un module spécifique pour le personnel infirmier des ambulances. Nous avons tenu compte de ce point dans nos lignes directrices.”

Un pantalon médical anti-choc est un dispositif en forme de pantalon doté de poches pneumatiques, une reliée aux membres inférieurs et une à l’abdomen. En cas d’hémorragie interne et d’état de choc hypovolémique (diminution de la masse sanguine circulante), ces poches peuvent être mises en pression et appliquées pour stopper temporairement l’hémorragie.

Redorer l’image de la profession

Kenneth: “J’ai constaté que la valeur ajoutée du transport des patients au Burundi est sous-estimée. Pour la plupart des gens, être chauffeur d’ambulance ou ambulancier s’apparente à une punition, alors qu’avoir l’autorisation de transporter des patients devrait être considéré comme un honneur. Nous avons réfléchi aux moyens possibles de faire évoluer les mentalités. Nous supposons que la profession sera revalorisée une fois que le personnel ambulancier sera tenu de suivre des modules de formation supplémentaires. L’infirmier-ambulancier devra suivre une formation supplémentaire pour être capable de dispenser des soins de qualité au patient transporté en ambulance, le chauffeur devant lui aussi suivre une formation pour être autorisé à conduire une ambulance. Idéalement, il y aura à la clé une augmentation du salaire, mais nous n’en sommes pas encore là.”

Et demain?

Le document avec des propositions concrètes de lignes directrices et de recommandations pour le transport des patients au Burundi est en cours d’élaboration. Nous y travaillons assidûment. Kenneth Arkesteyn et le Docteur Yves Maniragaba, coordinateur médical de Médecins Sans Vacances, partagent actuellement leurs réflexions sur Sharepoint. D’ici la fin novembre, ce document sera finalisé et envoyé au ministère de la Santé du Burundi. L’objectif est de déployer toutes ces lignes directrices et recommandations à l’échelon national. Nous vous tiendrons informés des avancées!

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