Fin mai, les experts volontaires Catherine Struyf (infirmière) et Sabine Bleyaert (pédiatre) se sont rendus à Kinshasa, en RD Congo. Leur mission ? Poursuivre le déploiement du processus de renforcement des capacités qui a été mis en place en 2018 concernant les urgences pédiatriques à l’hôpital de référence Saint Joseph. Sabine et Catherine nous livrent leur expérience.

Catherine Struyf (infirmière pédiatrique), Sabine Bleyaert (pédiatre) et l’équipe de Saint-Joseph

 

Activités sur le terrain

Avant la pandémie du Covid-19, Catherine et Sabine sont parties en mission ensemble plusieurs fois au Sud Kivu, RD Congo. Maintenant que leur travail dans l’hôpital de référence de Nyangezi est terminé, elles ont été appelées à poursuivre le déploiement d’un projet de renforcement des capacités sur les urgences pédiatriques à Saint Joseph – également situé en RD Congo. Un défi qu’elles ont relevé avec beaucoup d’enthousiasme.

Préparation

Sabine : “Nous rencontrons le groupe de travail sur la pédiatrie en moyenne 4 fois par an. Nous y discutons des missions et nous échangeons nos expériences. Nous travaillons également ensemble à l’élaboration de protocoles, que nous utilisons sur le terrain. Chaque pédiatre qui part en mission travaille selon le même protocole, c’est ainsi que nous créons l’uniformité. Par exemple pour n’en citer qu’une, toute une procédure a été rédigée sur ce qu’il faut faire avec un enfant qui arrive avec des convulsions causées par une crise de malaria. Les différents protocoles sont élaborés – bien sûr en concertation avec nos collègues africains – et introduits dans les hôpitaux. Dans la région du Sud-Kivu, les protocoles développés avec le Dr Zozo – pédiatre et membre de la direction provinciale du Sud-Kivu – ont déjà été approuvés et introduits au niveau provincial. Et ce n’est pas tout. Le Dr Zozo fait actuellement pression pour qu’ils soient approuvés au niveau national. Nous espérons sincèrement cette approbation. Cela ferait une énorme différence pour tous les départements pédiatriques de la RDC ; cela nous permettrait de mettre en œuvre nos protocoles d’une manière plus soutenue.”

Retour aux fondaments

En 2018 et 2019, deux missions avec des experts bénévoles belges ont eu lieu à l’hôpital Saint-Joseph. En 2021 – en pleine crise du convid-19 – Médecins Sans Vacances a travaillé avec une équipe d’experts-volontaires locaux à Saint Joseph pour une mission dans le cadre de la trajectoire de renforcement des capacités ” urgences pédiatriques et néonatales “. Sabine et Catherine ont été invitées à poursuivre cette trajectoire. Sur place, elles ont été confrontées à des défis majeurs :

“En raison des fortes pluies passées, le bâtiment abritant le service de pédiatrie est devenu inutilisable. Les patients pédiatriques se retrouvent désormais dans une chambre trop petite dans un coin reculé de l’hôpital. Cela rend les conditions de travail du personnel du département très difficiles. Le manque d’infrastructures de base, d’hygiène, d’organisation et de ressources financières fait que le service de pédiatrie ne fonctionne pas correctement actuellement. L’objectif initial de la mission “urgences pédiatriques et néonatales” a été réorienté vers la pédiatrie de base. En outre, le taux de rotation des médecins est élevé, ce qui entraîne un manque de continuité. Revenir à l’essentiel semblait la seule option valable.”

Catherine: Notre séjour à Saint-Joseph montre que tout est possible. L’hôpital est spacieux, il y a de beaux jardins bien entretenus et un certain nombre de départements bien organisés et bien équipés, comme la clinique des fistules, la diabétologie et l’ophtalmologie. Cependant, le service de pédiatrie était caché dans un petit coin et avait l’air minable. Bien qu’il s’agisse du département oublié, nous n’avons pas pu nous empêcher de constater son potentiel : un personnel plus que suffisant, une bonne quantité d’équipements… Ces éléments nous permettent de construire une trajectoire solide de renforcement des capacités sur laquelle nous pouvons fonder beaucoup d’espoir.

Ensemble avec leurs collègues, Sabine et Catherine ont abordé plusieurs sujets :

* Le glucomètre était cassé dans l’armoire à pharmacie, les bandelettes de test étaient inutilisables car conservées dans un endroit trop humide, etc.

* En raison des règlementations liées au covid-19, chaque patient est tenu par l’hôpital d’acheter son propre thermomètre, mais un saturomètre en oxygène est utilisé pour tous les patients. Des conseils sur l’hygiène de base ont été donnés.

* Aucune visite en salle n’a eu lieu. Des briefings quotidiens des infirmières aux médecins et vice versa ont été institués.

* Chacun avait sa propre façon de travailler. Sabine et Catherine ont expliqué comment travailler dans le cadre d’un processus de renforcement des capacités et avec des protocoles (par exemple, que faire lorsqu’un enfant a de la fièvre).

* Enfin, Catherine et Sabine ont partagé leur expertise sur les transfusions et les convulsions.

Sabine: Je suis étonnée de l’énorme potentiel que représentent les médecins de Saint-Joseph. Ils doivent travailler dans des conditions très difficiles ; structurellement et financièrement. Ils reçoivent trop peu de soutien, ce qui les empêche de montrer ce qu’ils savent faire. Il en résulte une forte rotation du personnel. Pour ceux qui restent, comme le docteur Bola, j’ai un énorme respect. Les médecins là-bas méritent tellement mieux.

Docteur Bola, chef du service de pédiatrie

 

Les enseignements tirés

Sabine et Catherine: Pour avoir plus d’impact, il est très important de consulter régulièrement la direction de l’hôpital entre les missions. De cette façon, nous pouvons nous référer aux accords conclus sur l’organisation du service et aux protocoles mis en œuvre, entre autres, afin qu’il y ait un minimum de continuité même en cas de rotation du personnel. Nous sommes donc heureux d’apprendre que le Dr Pierrot Kihala a été nommé coordinateur médical pour le Congo occidental et central le 4 juillet dernier, et qu’il assurera le suivi des missions.

Au cours de notre mission, nous avons constaté que les médecins avaient surtout des attentes scientifiques, qu’ils voulaient en savoir plus sur certaines maladies et qu’ils souhaitaient travailler de manière plus spécialisée. Cependant, nous n’avons pas pu répondre à ces attentes car les bases (hygiène, stérilisation du matériel, procédures médicales de base, gestion des dossiers, etc.) n’étaient pas à la hauteur. «Tu ne peux pas courir avant savoir marcher.».

Nous sommes très favorables aux équipes mixtes dans lesquelles les experts-volontaires africains et belges se complètent. Les experts-volontaires africains ont le grand avantage de connaître le contexte de fond en comble. Il est ainsi plus facile d’obtenir une image précise de ce qui se passe et de la manière dont ils peuvent y répondre afin d’améliorer la qualité des soins. En tant qu’experts-volontaires belges, nous avons l’avantage d’examiner comment un service peut mieux fonctionner à partir d’un cadre de référence différent. Les deux points de vue ne peuvent que se renforcer mutuellement.

Sabine: C’est justement parce qu’il y a encore beaucoup de travail à faire que nous ne pouvons pas abandonner l’hôpital Saint-Joseph à son sort. Nous – les experts-volontaires – sommes vraiment nécessaires ici, et nous pouvons apporter une grande valeur ajoutée.

#TogetherWeCare4HealthCare

 

Médecins Sans Vacances est une organisation qui a le cœur sur la main

Notre ONG développe des partenariats durables dans 5 pays africains avec plus de 40 hôpitaux dont l’objectif est de pouvoir offrir aux patients des soins de santé de qualité.

A propos de nous