CNPK Kamenge
CNPK Kamenge
Aujourd'hui, j'ai donné cours à 11 nouveaux infirmiers de la clinique.
Je leur ai présenté des principes de base de la communication et j'ai essayé à travers de multiples exemples de leur inculquer combien c'est essentiel qu'ils se comprennent bien entre eux. Les différences culturelles qui existent entre l'Afrique et la Belgique sont apparues de manière évidente.
Les Africains peuvent se révéler être très hermétiques dans leur communication et c'est alors très difficile lorsque on tente de connaître le contenu de leur agenda. J'ai parfois l'impression que chacun fait et pense à toutes sortes de choses en marge de ce qu'ils nous montrent à nous les occidentaux. A un moment donné, j'ai même été vérifier auprès de mon collègue Herwig et mon ami Joris pour savoir si je ne devenais pas paranoïaque car ici on pourrait commencer à avoir des doutes sur soi-même. Heureusement, j'ai reçu la confirmation qu'il est effectivement ainsi que la plupart des gens, à cause de la guerre qu'ils ont subie ont terriblement peur de s'exprimer et de dire ce qu'il pense. Cela est étonnant pour nous qui venons de Belgique où nous nous exprimons en toute liberté.
Je viens juste d'assister à l'admission d'un homme ivre. Il a été amené par la police en compagnie d'un membre de sa famille (qui selon moi ne paraissait pas être très à jeun) Il était étendu dans la caisse d'un pick-up, ses mains et ses pieds étaient attachés avec des cordes et il avait un mouchoir (ou quelque chose de semblable) dans la bouche. On aurait pu croire que l'on avait affaire à quelqu'un de violent bien que cet homme paraissait aussi docile qu'un agneau. Il semble qu'il aie été attrapé et ligoté pendant qu'il cuvait son alcool et dormait quelque part dans la rue. Sa famille essayait depuis quelque temps de le convaincre de se faire admettre en clinique pour y suivre une cure de désintoxication mais il s'y refusait toujours. Il est arrivé ici... un agent l'a jeté sur son épaule et l'a porté à l'intérieur. Directement dans la chambre d'isolation. Un médecin ne se justifiait pas pour une telle admission, les infirmiers ne se posaient pas de question, une vingtaine d'autres patients étaient là occupés à bailler de souffrance, c'est ainsi, pendant tous ces événements que notre hurluberlu est parvenu à prendre la fuite alors que la porte du département s'ouvrait.
Et moi, l'infirmière occidentale, j'étais là spectatrice ne comprenant pas ce qui se passait....
Il y a encore tellement de choses à faire ici ! Et comment pouvons-nous, mon Dieu, faire comprendre qu'il y a d'autres façons de s'occuper de personnes malades.
Derrière cet hôpital, il y a une petite ferme où sont élevés des poulets. J'y suis allée quelques instants, le temps de retrouver mes esprits et pour faire le point. Entre parenthèses, ils ont ici d'adorables poussins que je n'ai jamais vus en Belgique. Est-ce que je n'emporterais pas quelques oeufs pour les faire couver à la maison ?
PS : Il a des matelas sur place ... Hourra





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