Rendre la vue à quelqu'un, ça ne s'oublie jamais!
Le Docteur Guy Declercq, ORL spécialiste (oto-rhino-laryngologiste : nez, gorge,oreille) , a assumé la première mission d'un ORL. Qu'a donc à faire un ORL en Afrique ?
Comment s'est passée votre première mission?
Fin novembre, un confrère m'a appris que MSV était depuis de nombreuses années à la recherche d'un oto-rhino-laryngologiste. J'ai alors pris contact avec Médecins Sans Vacances et après un entretien, la décision était prise : j'allais partir pour Bukavu dans l'est du Congo.
Le premier objectif de la mission était de savoir pourquoi les " sorciers" pratiquaient, sur des enfants, des interventions bizarres au niveau du palais. Ces interventions entraînaient, comme il fallait s'y attendre, de nombreuses complications (infections, nasonnements, perturbations de la déglutition)
Le second volet de la mission était de mettre sur pied un service nez-gorge-oreille dans une région où il n'y avait plus de spécialiste depuis une quarantaine d'années.! Ce n'était donc pas le travail qui manquait.
En avril 2007, je suis parti pour l'Afrique, à Bukavu via Kigali, où j'ai fait connaissance de l'"Hopital de Référence de Nyantende". Je me vois toujours arriver avec armes et bagages un lundi matin, et amené là-bas par un chauffeur qui m'a déposé devant la clinique.
Une centaine de personnes au moins attendaient dehors...
Quelle ne fut pas ma stupeur quand on m’a dit que c'était les patients prévus pour la consultation du jour même avant midi. Pendant cette mission, à côté de l'immense travail de consultation, j'ai aussi pu pratiquer des interventions chirurgicales mineures (j'avais en fait amené moi-même du matériel dans mes bagages). Tout cela m'a permis de me faire une idée sur les réels besoins de disposer d'un ORL dans la région.
J'étais fermement décidé de revenir mieux équipé, en matériel de consultation et en matériel chirurgical. Et voilà, en septembre, c'est la quatrième fois que je veux aller à Nyantende. Depuis le début, beaucoup de travail y a été fait. J'ai eu la chance que le Docteur Patrick Balungwe, originaire de Bukavu qui s’est spécialisé en oto-rhino-laryngologie à Kinshasa a toujours été à mes côtés pour perfectionner sa formation.
Ce mois-ci, il reçoit son diplôme de spécialiste, et s’installera définitivement à Nyantende. En outre, il vient il y a peu, d'être aussi agréé comme maître de stage et en cette qualité, il pourra à son tour former des médecins pour en faire des spécialistes ORL. La pérennité est donc assurée. Il va de soi que lors de mes prochaines missions, je continuerai à assurer la formation et à me préoccuper du matériel médical.

Qu'est-ce qui t’a motivé à donner tes congés annuels à MSV?
Le plus important est de vouloir le faire. Cela donne une dimension supplémentaire à votre travail en tant que médecin : transmettre son savoir et créer un service. Les besoins en Afrique, sont tellement plus importants que dans nos pays occidentaux, la satisfaction est d'autant plus grande.
Là-bas, les gens sont très aimables, de bonne humeur, pleins d'humour et cela malgré les guerres, la violence, la faim, la maladie... Ils continuent à croire qu'un jour cela ira mieux. Ceci est très motivant et c’est une véritable leçon de vie pour nous les Occidentaux!
Quels sont les projets que vous avez visités et que reste-t-il à faire?Personnellement, j'ai visité très peu de projets... par manque de temps. Néanmoins, il y en a un dans le village que je suis depuis quelques années déjà et qui me tient très à cœur : c'est "La maison de jeunes filles handicapées." Cette maison, qui appartient à la paroisse, héberge une dizaine de jeunes filles souffrant d'un handicap moteur (généralement suite à une polio). A cause de leur handicap, elles sont généralement rejetées par leur famille. Ici, elles ont un toit et de temps en temps, elles reçoivent un peu de riz et d'autres denrées alimentaires et c'est tout.
En collaboration avec une religieuse locale, j'ai démarré l'année dernière un petit projet pour lequel, j'ai nommé une responsable qui est rémunérée, pour s'occuper de ces filles. Le but est de les encadrer, éventuellement leur apprendre un métier et leur permettre de fonctionner à nouveau dans la société. C'est un projet local, à petite échelle.
Sur base de vos expériences, que conseilleriez-vous à MSV?
Sur base de mon expérience, je conseillerai à MSV de se concentrer sur quelques pays, régions, et hôpitaux ce qui permet un meilleur suivi.
Quel est le plus beau succès de votre carrière chez MSV que vous pourriez nous raconter?
"La plus belle histoire "que je pourrais vous raconter est celle de 2008 : J'étais en visite chez le Docteur Patrick Murhula à Luwinja. Il m'a demandé si je voulais bien examiner une patiente. C'était une femme de quarante ans avec une tumeur très essaimée sur la face de son sinus gauche avec une percée vers l'œil et dans le visage. Cette femme était, comme cela arrive fréquemment, rejetée par sa famille.
On envisageait bien sûr une opération, mais sans disposer du matériel adéquat (il n’y avait même pas de cautère électrique (1) ) j'estimais l'intervention trop risquée. Ce n'est que sur insistance de Patrick Murhula, que j'ai décidé de la pratiquer. La tumeur était presque totalement enlevée, quand il est apparu qu'il s'agissait d'une tumeur bénigne. La femme a retrouvé ses fonctions visuelles et vit à nouveau à la maison dans sa famille.


Quelle a été votre expérience la plus amusante dans la collision des cultures entre la culture européenne avec la culture africaine?
Une expérience amusante typiquement Congolais.... pendant une intervention, l'alimentation électrique est tombé en panne, ce qui arrive assez fréquemment. Je demande que l'on mette le générateur en route...et après 20 minutes, il n’avait toujours rien...je demande ce qui se passe ? Il n'y a plus de fuel pour le générateur..."Allez en chercher alors." dis-je.... et 20 minutes plus tard... la jeep est en panne...ça c'est le Congo... mais on s'y habitue!.








